Le 3e étage

Voici une histoire personnelle de notre coordinatrice Amanda qui était préposée aux bénéficiaires avant de ce joindre à notre équipe de bureau.
Par Soins à Domicile - Février 25, 2019

Soins à Domicile Montréal est la seule agence de soins à domicile abordant le processus de vieillissement de façon novatrice et scientifique. Partout, nous établissons de nouveaux standards en matière de soins aux ainés. Dans “Carnets de Soins”, nous vous présentons des Canadiens qui nous livrent leur émouvant témoignage sur leur réalité de proche aidant auprès d’une personne atteinte de démence.

Lorsque vous vous engagez en tant qu’aide-soignante, personne ne vous dit que vous vous engagez également dans le rôle d’une vie. Pour être aide-soignante, il faut savoir improviser, accepter et être créatif. Il est 21h30 au 3e étage. L’étage des soins. Je me sens fière comme un parent à l’heure du coucher. Tout le monde a mangé, pris son bain, brossé ses dents, mis son pyjama et chacun est maintenant au lit. C’est l’heure de souffler un peu et de me mettre à l’entretien. Laver les planchers, charger le lave-vaisselle, préparer la salle à manger pour le petit-déjeuner du lendemain et préparer les collations de demain. Avant d’entreprendre les tâches qui m’attendent, je fais une autre ronde, parce que je sais que même si certains dorment bien toute la nuit, c’est une tout autre histoire pour d’autres.

Je commence ma ronde par l’aile B. La chambre de Monsieur T. est déjà éclairée. C’est parti. Je ne suis plus l’aide-soignante du 3e étage, je suis désormais Holly, la secrétaire. Je cogne et j’entre. « Bon après-midi, Monsieur T., comment puis-je vous aider? » Il se tient devant moi avec son vieux veston noir, une cravate autour du cou et son pyjama rayé bleu. Il y a un vieux journal roulé sous son bras droit et dans sa main gauche, il tient un livre qu’il appelle sa « mallette ».

« Holly! J’ai une journée charge aujourd’hui, j’attends un appel important et je ne trouve pas mon téléphone! ». J’ouvre son placard et je regarde sur l’étagère du haut. Je sais que je vais y trouver un vieux téléphone cellulaire sans connexion. Je le lui tends.

« Vous avez eu une journée chargée aujourd’hui, pourquoi ne prenez-vous pas une pause? Asseyez-vous. » Je l’installe dans son fauteuil confortable, j’allume la télévision, je choisis la chaine des nouvelles et je place le téléphone sur la table près de lui. « Si le téléphone sonne, je serai là pour prendre vos messages! » Ça devrait me donner un peu de temps.

Je termine ma ronde de l’aile B et je me dirige vers l’aile A. J’entends déjà Madame S. avant même de la voir. Je tourne le coin et je la vois se précipiter dans le corridor avec son sac à main, une jaquette rose et des petits talons hauts. Je deviens Clarisse, la commis d’hôtel.

« Bonjour Madame S., vous avez l’air inquiète, qu’est-ce qui se passe? Comment puis-je vous aider? » Je connais déjà la réponse, mais je joue le jeu. Elle est en vacances avec son mari et il est parti depuis un bon moment déjà. Elle se demande si je ne l’aurais pas vu. « Bien sûr que je l’ai vu. Il a dit qu’il avait oublié des sacs dans la voiture. Il sera de retour dans un moment. » Elle ne me croit pas trop. Je l’installe dans une chaise près de l’ascenseur. Je mets une couverture sur ses genoux. « Vous pouvez l’attendre ici, comme ça, quand il remontera, vous serez certaine de le voir arriver. » Je la distrais avec un verre de jus de canneberge et des biscuits Social tea. Nous ne sommes pas censés donner des collations si tard, mais qui le saura?

Il est maintenant 23h00, encore 30 minutes. Monsieur T. ronfle. Madame A. s’est endormie près de l’ascenseur où elle passera une bonne partie de la nuit. Je fais une autre ronde avant de finir mes notes de dossier. Je retourne dans l’aile A. Cette fois-ci, je suis la nounou Janet. J’ouvre la porte et Madame M. est assise dans son lit, comme je m’y attendais et berce son bébé Ruby. « Madame M., vous avez l’air très fatiguée, vous devriez vous reposer pendant que Ruby dort. » Elle me passe la poupée bout’chou. Je l’installe gentiment dans l’un des tiroirs du bureau de Madame M. près de son lit, qu’elle appelle aussi la « bassine de Ruby ». Nous laissons la lumière allumée et Madame M. s’allonge. Je sais qu’elle fait semblant et qu’elle sera debout dans quelques minutes. Mais pour le moment, elle est installée.

Il est maintenant 23h30. J’ai terminé d’inscrire mes notes au dossier et j’ai donné le rapport de relève au personnel de nuit. Je retourne chez moi dans la peau d’Amanda, aide-soignante. Je me demande qui je serai demain.

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